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Rédigé par LLM le 20 août 2018

Si vous lisez ceci, et bien je dois dire que je n'ai aucune idée de la personne à qui je m'adresse. Je ne vais pas me lancer dans des suppositions sans aucun fondement et qui ne mèneraient à rien. Je ne sais pas ce que vous cherchez, ni comment vous vous êtes procurés ce que je suis en train d'écrire. Je ne sais pas non plus ce que je suis en train d'écrire, ni quand et comment cela se terminera. Si vous cherchez des informations pour Les vaincre, sachez que je n'en sais rien. Si vous cherchez des informations pour Les combattre efficacement, je n'ai que mes échecs à vous présenter. Peut-être trouverez vous les moyens de ne pas faire les mêmes erreurs que moi en me lisant. Quoiqu'il en soit, je doute que cet écrit sorte de ma cellule.

Je suis Raphaël, né en 43 après la Délivrance, dans la mégalopole d'Arrivée. Quand je dis que je suis "né", il faut comprendre que c'est à partir de ce moment où je suis devenu... et bien, moi. Ça me semblait évident jusqu'à présent mais je dois aussi vous dire que Raphaël n'est pas mon prénom, ni mon nom, mais mon titre. Normalement je devrai d'ailleurs dire que je suis un ancien Raphaël, mais je n'ai pas d'autre identité à vous donner. La mémoire de ma personnalité précédente n'est que fragmentaire et floue. À l'origine, je suis un humain, appelé à Leur service. J'ai échoué à Les trahir et désormais l'Humanité court, aveugle, à sa perte inéluctable et béate. J'écris ce témoignage sur une ancienne machine à retranscrire, manuelle, qui date de l'époque ancestrale, bien avant la Délivrance, peut-être même avant les premiers pas de l'Humanité en dehors de l'atmosphère de la Terre. Le bruit qu'elle fait est affreux, et chaque lettre s'inscrit sur la feuille d'antique papier que vous avez entre les mains, tellement fragile qu'il pourrait se consumer à tout instant.

Je dois dire que si j'ignore Leurs intentions véritables, je suis certains que le moyen qu'Ils ont choisi est l'extermination de notre espèce.

De toute évidence, Ils étudient notre espèce depuis des générations. Les premières traces que j'ai pu retrouver dans Leur Mediathèque, construite depuis ce qu'Ils ont retiré de nos souvenirs sur Terre, remontent à 1947 de l'ancienne datation. Très rapidement Ils ont su se cacher efficacement de nous, peut-être en enlevant des spécimens de notre espèce pour les étudier, ou en améliorant Leurs systèmes de camouflage. J'ai pu déterminer que le spectre de ce qu'Ils voient est très décalé par rapport au notre. Ils ont dû négliger une partie du spectre visible pour nous aux débuts de Leurs explorations, ce qu'Ils ont rapidement corrigé.

Ils furent rapidement invisibles à nos yeux, et les milliers de témoignages qui suivirent étaient tous, dans l'ensemble, faux ou frauduleux, si bien qu'aucun ne fût jamais pris au sérieux. Pas même les trois seuls vrais épisodes que j'ai pu rapprocher de Leur propre base de données d'incidents.

Ils ont eu des centaines d'années pour nous étudier attentivement, apprendre nos modes de vie, nos préférences, et faire leurs simulations. D'après les Archives, j'ai pu déterminer trois grandes orientations qu'Ils avaient pu déterminer pour notre espèce, et à chacune d'entre elles correspondait un plan d'action. Et évidemment, Ils ne s'étaient pas trompés. Ils ne se trompent jamais.

Lorsque j'ai été appelé, cela faisait 43 années qu'Ils s'étaient manifestés et nous avaient, comme tout le monde le dit, sauvés. Ils ont déroulé Leur plan, implacable. Nous sommes désormais en 58 lorsque j'écris ces lignes, et l'Humanité n'a plus que deux petites années pour s'en sortir, au mieux, même si je ne vois pas comment elle pourrait faire. Personne ne croit qu'Ils puissent nous vouloir du mal. Nous y avons nous même veillé.

Le jour de la Délivrance n'est pas le jour où tout a commencé, comme je l'ai déjà souligné. Mais c'était le jour où nous les avons laissé gagner. Ils ne nous ont pas donné de nom, nous Les avons nommés. Ils sont venus nous aider, sans se présenter, et nous Les avons accueillis sur notre planète et dans nos cœurs. Nous les avons nommés. Mais nous ne nous sommes pas entendus sur le nom à Leur donner. Sauveurs, Envahisseurs, Visiteurs, Dieux, et encore cent autres noms qui nous divisèrent. Moi-même, alors que je connais leur funeste plan pour ma propre espèce, je ne peux m'empêcher de parler d'Eux avec une majuscule. C'est plus fort que moi, sans doute un reste de mon Illumination. Pourtant, si Leur puissance est immense, Ils ne sont pas invincibles. Ils ne sont d'ailleurs pas très nombreux, du moins à administrer cette planète. J'ignore l'étendue de Leurs forces, mais j'ai acquis la certitude qu'Ils n'en usent pas pour Leur domination. Ils préfèrent la manière douce. Cela se comprend par Leur véritable morphologie, derrière les armures grandioses et Leurs effets de manche.

Ils sont chétifs. De vraies brindilles. J'ai pu en tuer Un à mains nues, Celui qui avait le rôle de Grand Maître, le chef. Ils ne m'ont toujours pas tué. Cela fait maintenant près de six mois, et Ils ne m'ont toujours pas tué pour l'assassinat de Leur chef. Le tribunal m'a condamné. La sentence a été prononcée : la mort.

Je l'ai attendue pendant de longs mois, dans cette cellule qui n'a rien à envier aux meilleurs appartements sur Terre. Je dispose de toutes les commodités, de nourriture en quantité largement suffisante, de plusieurs centaines de mètres carrés d'espace et même un jardin. Je peux regarder ou écouter les émissions que je désire. Je bénéficie de la gravité artificielle. Et de cette machine sur laquelle je suis en train de taper ce texte. Je n'en saisissais pas l'utilité jusqu'à présent, alors que les dernières bribes de soumission s'étiolent et que ma colère, profondément inutile désormais, s'éveille à mesure que je comprends l'ampleur de ce qu'Ils sont en train de faire à mon espèce et de ma profonde inutilité.

Je ne sais pas ce qu'Ils veulent. Je ne sais pas combien de temps Ils me laissent encore avant d'exécuter la sentence. Peut-être veulent-ils me laisser en vie jusqu'à ce que le dernier spécimen de mon espèce s'éteigne ? Ils en ont le pouvoir, mais je sais que ce n'est que l'illusion d'une personne qui souhaite échapper à la mort.

Mais l'heure imposée pour dormir approche et Ils vont bientôt me couper la lumière. Peut-être continuerai-je d'écrire demain. Il est peu probable que ces mots aillent autre part que dans Leurs mains, ou qu'ils soient d'une quelconque utilité pour quiconque en dehors de moi. Quelque part, ça me fait du bien d'écrire, même si ce n'est à personne en particulier, et sans doute pas un être humain.

On a qu'à se dire à demain, s'Ils le veulent bien.

Classé dans : Fiction, Stelo - Mots clés : aucun -

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