Jour 1

Rédigé par LLM le 03 septembre 2018

Escadron Écho, jour 1

2:36 : Gaby, capitaine

Nous avons enfin quitté le Clan après avoir passé plus de deux heures à aider l'Escadron Delta à réparer son véhicule de soutien. J'espère qu'il tiendra la distance. Notre objectif est la cité de Yuilal, au Sud-Ouest de notre position actuelle. 800 kilomètres de sable, 10 jours, encore une fois. Kalie me dit que cette fois, d'après sa théorie, c'est notre tour de tomber sur la surprise. Elle refuse de me donner sa théorie cependant. Nous verrons bien.

La dernière fois c'était l'Escadron Alpha qui avait tiré le gros lot, des cuves pleines d'eau potable avec ses systèmes d'entretien toujours pleinement fonctionnels. J'espère pouvoir au moins trouver la même chose à Yuilal, même si nous n'avons pas eu de problème d'eau depuis des années maintenant, jamais depuis ma naissance en tout cas. Mais les Maljunuloj aiment à nous mettre en garde. La respectée Jess a même connu les Temps Troubles, à ce qu'on dit. C'est la dernière du Clan à pouvoir encore en parler comme elle les a vécus.

Bref, nous en avons pour une dizaine de jours à faire l'aller-retour. Espérons que cette fois-ci le désert n'aura pas avalé la ville. D'après les archives, Yuilal comptait 2 millions d'âmes au moment de la Grande Erreur. Une douzaine de bâtiments dépassaient les 400 mètres de haut et devraient donc être toujours visibles et accessibles. Nous verrons bien si cette fois on a plus de chance que les quatre dernières fois.

6:53 : Gaby, capitaine

Le lever de Soleil est magnifique. Je sais que je suis beaucoup plus romantique que la plupart des Explos, et que mes rapports sont beaucoup plus verbeux que la plupart des autres escadrons (Rudolf, je sais que tu me diras encore "majoritairement inutiles" de ta grosse voix lorsque tu auras ça, mais me remercieras encore de te faire voyager par procuration, pas la peine de passer par ta moue faussement réprobatrice cette fois) mais un rapport ne serait pas complet s'il ne disait pas à quoi on doit s'attendre lorsqu'on passe le bouclier. Les couleurs d'un lever de Soleil dans ce désert sont magnifiques, à la fois éphémères mais sûres de toujours revenir le lendemain. On passe rapidement d'un violet profond à du pourpre, du pourpre au rosé, du rosé à un mauve délicat, avant de tomber en quelques secondes dans un vert émeraude et terminer sur une note de lapis-lazuli qui s'atténuera sur plusieurs dizaines de minutes. Cette farandole de couleurs se tient en à peine 3 minutes, mais c'est un des plus beaux spectacles auquel on peut, je crois, assister.

6:57 : Gaby, capitaine

Kalie ronchonne car je ne l'ai pas réveillée pour voir le lever de Soleil. Je n'en ai pas eu le courage après qu'elle se soit écroulée sur la couchette du transporteur après plus de 48 heures debout à tout mettre en œuvre pour partir dans les temps. J'aurai sans doute moins de scrupules demain. Oh, et maintenant elle ronchonne parce que j'ai créé cette entrée dans le rapport et que personne n'est en mesure de la supprimer.

7:00 : Raul, sergent

Prise de quart. Une heure de retard sur la prise de quart en raison des problèmes au départ. Pas de décalage acté. RAS.

10:00 : Kalie, lieutenant

Prise de quart. RAS.

12:18 : Kalie, lieutenant

Le Reco nous informe que son moteur a fait un drôle de bruit mais que c'est passé après trois ou quatre minutes. Nous verrons ça lors de l'arrêt programmé demain. J'ai donné l'ordre de continuer de rouler.

13:26 : Kalie, lieutenant

La vigie nous informe que nous avons perdu l'Escadron Delta et l'Escadron Fox-Trot de vue. L'arrêt du contact visuel est conforme aux calculs. Nous devrions perdre le contact radio direct d'ici quatre ou cinq heures maximum.

13:58 : Kalie, lieutenant

J'ai fait réchauffer mon thé sur la carlingue du véhicule de transport. Mauvaise idée. J'ai la langue toute endolorie maintenant. J'ai dû le laisser trop longtemps, je gère bien d'habitude. C'est nul.

14:00 : Lou, sergent

Prise de quart. RAS.

15:02 : Lou, sergent

J'ai oublié de charger ma nouvelle liste de musiques dans mon bracelet. Je me disais bien que c'était pas dans le bon ordre. Je vais demander à Omega s'ils ne peuvent pas me l'envoyer.

15:43 : Lou, sergent

Yes ! Ils ont pu la trouver et me l'envoyer ! Je vais enfin pouvoir me concentrer.

17:51 : Lou, sergent

Nous avons perdu le contact radio direct avec l'Escadron Delta et l'Escadron Fox-Trot. Communications relayées par Omega. Rupture de contact avec Omega calculée pour 21:32. Aucun satellite relai éligible détecté pour le moment.

18:00 : Gaby, capitaine

Prise de quart. Tout semble se dérouler sans soucis particulier.

19:35 : Gaby, capitaine

Nous n'avons toujours pas trouvé de satellite relai convenable. Il est peu probable qu'on arrive à en accrocher un avant la rupture de contact avec Omega.

21:29 : Gaby, capitaine

Rupture de contact avec Omega. Nous n'avons plus aucun soutien en dehors de nous-même maintenant.

22:00 : Raul, sergent

Prise de quart. RAS.

23:53 : Raul, sergent

Le caporal Kriss rapporte des lueurs étranges dans la nuit. RAS sur les radars ni sur les détecteurs de proximité. Le Reco n'avait rien constaté lorsqu'il est passé il y a dix minutes. J'ai envoyé Énée et Sacha en reconnaissance sur des mangoustes. Dénomination : Escouade Écho-Alpha.

Jour 1 : Fin de transcription

Classé dans : Fiction, Terre Inconnue - Mots clés : aucun -

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Rédigé par LLM le 20 août 2018

Si vous lisez ceci, et bien je dois dire que je n'ai aucune idée de la personne à qui je m'adresse. Je ne vais pas me lancer dans des suppositions sans aucun fondement et qui ne mèneraient à rien. Je ne sais pas ce que vous cherchez, ni comment vous vous êtes procurés ce que je suis en train d'écrire. Je ne sais pas non plus ce que je suis en train d'écrire, ni quand et comment cela se terminera. Si vous cherchez des informations pour Les vaincre, sachez que je n'en sais rien. Si vous cherchez des informations pour Les combattre efficacement, je n'ai que mes échecs à vous présenter. Peut-être trouverez vous les moyens de ne pas faire les mêmes erreurs que moi en me lisant. Quoiqu'il en soit, je doute que cet écrit sorte de ma cellule.

Je suis Raphaël, né en 43 après la Délivrance, dans la mégalopole d'Arrivée. Quand je dis que je suis "né", il faut comprendre que c'est à partir de ce moment où je suis devenu... et bien, moi. Ça me semblait évident jusqu'à présent mais je dois aussi vous dire que Raphaël n'est pas mon prénom, ni mon nom, mais mon titre. Normalement je devrai d'ailleurs dire que je suis un ancien Raphaël, mais je n'ai pas d'autre identité à vous donner. La mémoire de ma personnalité précédente n'est que fragmentaire et floue. À l'origine, je suis un humain, appelé à Leur service. J'ai échoué à Les trahir et désormais l'Humanité court, aveugle, à sa perte inéluctable et béate. J'écris ce témoignage sur une ancienne machine à retranscrire, manuelle, qui date de l'époque ancestrale, bien avant la Délivrance, peut-être même avant les premiers pas de l'Humanité en dehors de l'atmosphère de la Terre. Le bruit qu'elle fait est affreux, et chaque lettre s'inscrit sur la feuille d'antique papier que vous avez entre les mains, tellement fragile qu'il pourrait se consumer à tout instant.

Je dois dire que si j'ignore Leurs intentions véritables, je suis certains que le moyen qu'Ils ont choisi est l'extermination de notre espèce.

De toute évidence, Ils étudient notre espèce depuis des générations. Les premières traces que j'ai pu retrouver dans Leur Mediathèque, construite depuis ce qu'Ils ont retiré de nos souvenirs sur Terre, remontent à 1947 de l'ancienne datation. Très rapidement Ils ont su se cacher efficacement de nous, peut-être en enlevant des spécimens de notre espèce pour les étudier, ou en améliorant Leurs systèmes de camouflage. J'ai pu déterminer que le spectre de ce qu'Ils voient est très décalé par rapport au notre. Ils ont dû négliger une partie du spectre visible pour nous aux débuts de Leurs explorations, ce qu'Ils ont rapidement corrigé.

Ils furent rapidement invisibles à nos yeux, et les milliers de témoignages qui suivirent étaient tous, dans l'ensemble, faux ou frauduleux, si bien qu'aucun ne fût jamais pris au sérieux. Pas même les trois seuls vrais épisodes que j'ai pu rapprocher de Leur propre base de données d'incidents.

Ils ont eu des centaines d'années pour nous étudier attentivement, apprendre nos modes de vie, nos préférences, et faire leurs simulations. D'après les Archives, j'ai pu déterminer trois grandes orientations qu'Ils avaient pu déterminer pour notre espèce, et à chacune d'entre elles correspondait un plan d'action. Et évidemment, Ils ne s'étaient pas trompés. Ils ne se trompent jamais.

Lorsque j'ai été appelé, cela faisait 43 années qu'Ils s'étaient manifestés et nous avaient, comme tout le monde le dit, sauvés. Ils ont déroulé Leur plan, implacable. Nous sommes désormais en 58 lorsque j'écris ces lignes, et l'Humanité n'a plus que deux petites années pour s'en sortir, au mieux, même si je ne vois pas comment elle pourrait faire. Personne ne croit qu'Ils puissent nous vouloir du mal. Nous y avons nous même veillé.

Le jour de la Délivrance n'est pas le jour où tout a commencé, comme je l'ai déjà souligné. Mais c'était le jour où nous les avons laissé gagner. Ils ne nous ont pas donné de nom, nous Les avons nommés. Ils sont venus nous aider, sans se présenter, et nous Les avons accueillis sur notre planète et dans nos cœurs. Nous les avons nommés. Mais nous ne nous sommes pas entendus sur le nom à Leur donner. Sauveurs, Envahisseurs, Visiteurs, Dieux, et encore cent autres noms qui nous divisèrent. Moi-même, alors que je connais leur funeste plan pour ma propre espèce, je ne peux m'empêcher de parler d'Eux avec une majuscule. C'est plus fort que moi, sans doute un reste de mon Illumination. Pourtant, si Leur puissance est immense, Ils ne sont pas invincibles. Ils ne sont d'ailleurs pas très nombreux, du moins à administrer cette planète. J'ignore l'étendue de Leurs forces, mais j'ai acquis la certitude qu'Ils n'en usent pas pour Leur domination. Ils préfèrent la manière douce. Cela se comprend par Leur véritable morphologie, derrière les armures grandioses et Leurs effets de manche.

Ils sont chétifs. De vraies brindilles. J'ai pu en tuer Un à mains nues, Celui qui avait le rôle de Grand Maître, le chef. Ils ne m'ont toujours pas tué. Cela fait maintenant près de six mois, et Ils ne m'ont toujours pas tué pour l'assassinat de Leur chef. Le tribunal m'a condamné. La sentence a été prononcée : la mort.

Je l'ai attendue pendant de longs mois, dans cette cellule qui n'a rien à envier aux meilleurs appartements sur Terre. Je dispose de toutes les commodités, de nourriture en quantité largement suffisante, de plusieurs centaines de mètres carrés d'espace et même un jardin. Je peux regarder ou écouter les émissions que je désire. Je bénéficie de la gravité artificielle. Et de cette machine sur laquelle je suis en train de taper ce texte. Je n'en saisissais pas l'utilité jusqu'à présent, alors que les dernières bribes de soumission s'étiolent et que ma colère, profondément inutile désormais, s'éveille à mesure que je comprends l'ampleur de ce qu'Ils sont en train de faire à mon espèce et de ma profonde inutilité.

Je ne sais pas ce qu'Ils veulent. Je ne sais pas combien de temps Ils me laissent encore avant d'exécuter la sentence. Peut-être veulent-ils me laisser en vie jusqu'à ce que le dernier spécimen de mon espèce s'éteigne ? Ils en ont le pouvoir, mais je sais que ce n'est que l'illusion d'une personne qui souhaite échapper à la mort.

Mais l'heure imposée pour dormir approche et Ils vont bientôt me couper la lumière. Peut-être continuerai-je d'écrire demain. Il est peu probable que ces mots aillent autre part que dans Leurs mains, ou qu'ils soient d'une quelconque utilité pour quiconque en dehors de moi. Quelque part, ça me fait du bien d'écrire, même si ce n'est à personne en particulier, et sans doute pas un être humain.

On a qu'à se dire à demain, s'Ils le veulent bien.

Classé dans : Fiction, Stelo - Mots clés : aucun -

Le hold-up de Mélenchon sur la gauche

Rédigé par LLM le 10 mai 2017

Aujourd'hui, 10 Mai, est la date d'un phénomène démocratique, ou plutôt anti-démocratique, que beaucoup voyaient venir, mais peut-être pas aussi violemment. Le titre est un peu racoleur, mais pas vraiment éloigné de la réalité.

Hier encore, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, lançait un appel à l'unité. Ce matin, la France Insoumise rompait les négociations de manière unilatérale, et en prétendant faire porter le chapeau aux communistes. Comment prétendre que le PCF ferme la porte alors qu'une déclaration publique quelques heures auparavant annonce le contraire ? C'est absurde.

Pour se dédouaner de toute consigne de vote, Jean-Luc Mélenchon est très fort. Pour le coup, je ne lui reproche pas, j'étais même d'accord avec la démarche au soir du premier tour de la présidentielle. Cependant, je regrette qu'il n'ait pas eu la cohérence de poursuivre son geste jusqu'au bout, et notamment sur la question législative, où aucune question n'a été posée aux "insoumis⋅es". Pour les législatives, ce sont les chefs qui décident, et vous qui suivez ! Sans doute un oubli, puisque beaucoup ne veulent pas croire à un calcul politicien.

Mais nous ne sommes pas là pour jouer les arbitres, car nous n'avons que les déclarations des uns et des autres. Il convient d'analyser ce qu'est, concrètement, en train d'effectuer la "France Insoumise". Penchons nous sur le sujet, c'est très simple.

Tout d'abord, c'est le mépris. Dans un communiqué, Manuel Bompart, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon,  déclare que "La direction du PCF a donc lancé la campagne de tous ses candidats sous le sigle du PCF, membre d’un Front de Gauche pourtant aujourd’hui inexistant". Inexistant, le Front de Gauche ? Selon qui ?

Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon

Il faut remonter juste avant la fondation de la "France Insoumise". Jean-Luc Mélenchon annonce, de manière absolument unilatérale et sans consultation, la fin du Front de Gauche. Ce à quoi le PCF, Ensemble, R&S et tous les autres partis et organisations membres du Front de Gauche répondent que... bah non, en fait. Le Front de Gauche continue de vivre, même si Monsieur Mélenchon ne l'entend pas de cette oreille, lui qui veut sans doute être le seul à avoir un "mouvement unitaire", mais dirigé par lui. Lors de cette dissolution auto-proclamée et concrètement sans objet, Jean-Luc Mélenchon déclarait :

J’en ai assez de devoir rendre des comptes pour des situations qui m’ont été imposées de force et que je désapprouve totalement. Les déclarations unitaires suivies de noirs sectarismes, les « constructions originales » qui sont des feuilles de vignes sur les vieilles pratiques bureaucratiques, rien de tout cela ne correspondait déjà à la période précédente. Dans le contexte, c’est tout simplement le néant groupusculaire assuré.

C'est étrange comme dans un sens on condamne les "noirs sectarismes" pour l'appliquer soi-même derrière aux autres... Sans compter que pour un mouvement qui compte défendre l'autodétermination des peuples à disposer d'eux même, il ne faudrait pas trop jouer à celui qui dit quel mouvement unitaire existe et quel mouvement n'existe pas, notamment lorsqu'on n'en fait plus partie.

Mais le plus intéressant n'est pas là.

Toute personne candidate de la "France Insoumise" doit signer la charte. Cette charte établit que :

Celles et ceux qui accepteront cette investiture s’engagent à : soutenir Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle ; faire campagne sur le même programme national : « L’avenir en commun » ; [...] ; se rattacher à l’association de financement « La France insoumise » lors du dépôt de candidature, ce qui inclut la possibilité d’accords de reversement entre cette association de financement et les candidats ou le groupement politique particulier qu’ils désigneront pour la première comme pour la seconde fraction du financement public, ; [...] ; respecter la discipline de vote du groupe lorsqu’une décision collective a été prise conformément au programme l’Avenir en commun ; [...].

Là, c'est le florilège. "Insoumis, mais pas trop".

Tout d'abord, les personnes élues à la députation s'engagent à voter comme des moutons, quel que soit ce que VOUS vous direz à votre député⋅e dans VOTRE circonscription. Pour la défense du peuple et sa représentation, on a vu mieux, quand même. Il me semblait justement que c'était ce qu'on critiquait, l'impossibilité de faire changer d'avis un⋅e député⋅e parce qu'elle ou il votera comme son groupe lui dit de voter ? C'est, de plus, impossible à accepter pour un parti indépendant, qui de plus n'imposerait pas ce mode de fonctionnement à ses élu⋅e⋅s.

Mais surtout, et c'est là que ça devient inacceptable pour n'importe quel parti qui entend poursuivre son action, le financement ira tout droit dans les poches de la France Insoumise, par "possibilité d'accords de reversement". Ce qui est tout bonnement inacceptable, puisqu'on s'engage sur on ne sait quoi niveau financement, et peut-être même à TOUT reverser à la France Insoumise et pas à son parti qui, pourtant, fera campagne pour l'élection. La question des thunes est vitale pour beaucoup d'organisations, et signer que "peut-être on te donnera tout le pognon, bisous" est juste impensable. S'il avait été décidé au préalable un reversement, pourquoi pas, à la limite. Mais là rien n'interdit à la France Insoumise de dire "hey, tu me donnes tout, parce que tu as signé la charte et c'est comme ça". Impossible.

Mais le plus intéressant n'est toujours pas là.

Marc Dolez, co-fondateur du Parti de Gauche

Comment croyez vous que ça marche, une députation ? Je veux dire, comment vous imaginez votre député⋅e ? Comme une personne qui bosse à fond ses dossiers, passe des heures, des jours, des nuits, à comprendre chaque texte de Loi, décrypter chaque événement, lire chacun de ses mails ou courrier ?

Bien sûr que non. Très concrètement, un⋅e député⋅e a un ensemble de "petites mains" qui, en définitive, font l'immense majorité du boulot. C'est tout à fait normal, le travail d'une députation est pour ainsi dire titanesque. Ces personnes sont financées sur les fonds publics, ce qui est normal, et afin d'être sûrs que le travail est accomplit dans le sens de l'élu⋅e, elles sont issues du parti qui a présenté l'élu⋅e.

Est-ce que ces personnes seront issues de la France Insoumise ?

Il semblerait bien que non, aucun travail n'est réalisé en ce sens, et, à partir des informations dont je dispose, ce ne sera pas le cas pour l'immense majorité des circonscriptions. Mais alors, qui fera le travail ? Quel mouvement fournira cette masse de travail, organisera la bonne marche des députations, coordonnera tout ça ? Pas un mouvement, mais un parti, resté bien muet jusque là, le Parti de Gauche, le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Et c'est bien là, de cette manière, que s'organise le hold-up. En créant une charte inacceptable pour les autres partis, en verrouillant les décisions des député⋅e⋅s élu⋅e⋅s sous le signe de la France Insoumise, en intégrant son propre parti (et non pas mouvement, qu'il veut pourtant "transpartisan") dans la mécanique de travail et de rémunération des élu⋅e⋅s, fort d'une dynamique pourtant co-construite par toutes les organisations de gauche, Jean-Luc Mélenchon et son parti s'assurent le contrôle total de la gauche.

Je n'ai pas d'autre mot, poli, qui me vient à l'esprit autre que "hold-up".

Alors même que la population réclame l'unité, que toutes les organisations de gauche sont prêtes à y travailler, la force qui se veut "principale" ‑ à tort ‑ organise le détournement et l'appropriation de centaines de milliers de voix, alors même que ces mêmes personnes critiquaient la position d'Emmanuel Macron de ne considérer les voix du second tour que comme des voix d'adhésion à son programme.

Seulement, l'unité n'est pas l'uniformité. Le problème, c'est que c'est nous qui allons payer cette manœuvre dégueulasse et cet entêtement politicien et criminel.

Le temps est à celles et ceux qui défendent réellement l'unité, pas l'uniformité.

Non, Monsieur Mélenchon, nous ne sommes pas votre armée personnelle.

Crédits photos

Wikimedia

LP / Olivier Lejeune

Gauche de combat

Classé dans : Militantisme - Mots clés : aucun -

Révolutionnaire 8 Mars

Rédigé par LLM le 07 mars 2017

Le 8 Mars est, comme tout le monde le sait, la journée internationale des droits des femmes. Officialisée en 1977 par l'ONU, cette journée a pourtant marqué l'Histoire bien avant, d'une manière qui a encore de très nombreux impacts aujourd'hui, et pas seulement lors de sa création en 1909. En effet, c'est le 8 Mars 1917, en pleine Guerre Mondiale, que commença ce que les historiens appellent aujourd'hui le "court XXe siècle", qui s'achèvera le 26 Décembre 1991 avec la fin de l'URSS. Et ce sont des femmes qui ont initié cette période.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, quelques petits rappels s'imposent. Le premier est, bien évidemment, de ne rien croire sur parole, et de tout vérifier. Le deuxième est de souligner que cette période précise de l'Histoire que je vais décrire ici pose toujours de nombreuses questions, de par le manque d'éléments précis et les nombreuses "rectifications" historiques opérées par le régime socialiste de l'URSS. Le troisième, bien sûr, est que bien que je m'attache à être le plus fidèle et précis possible dans le récit, j'ai bien évidemment un parti pris qui teinte, consciemment et inconsciemment, les propos que je peux relater, quand bien même les voudrais-je les plus objectifs possibles. Le quatrième, enfin, est que ceci est un billet de blog écrit au titre de la détente, et non un travail d'historien ; bien que, encore une fois, je m'attache à relater uniquement des faits qui sont un minimum établis, la manière de les aborder, de choisir lesquels conter et lesquels passer sous silence, ou encore la façon de les traiter n'ont aucun rapport avec un travail d'historien qui devrait relater chacun des faits et éléments en sa possession.

Ceci étant posé, il convient donc de commencer par poser le contexte de cette période. Cela se passait il y a un siècle, jour pour jour.

Il y a un siècle...

 

Nous sommes au début de l'année 1917, en Russie. La Première Guerre Mondiale a éclaté 3 ans plus tôt et ravage le continent européen. D'un côté, les forces du Kaiser et ses alliés étaient préparées à un conflit, et les forces des Empires centraux parviennent à maintenir leurs positions, voire à avancer, malgré le fait de devoir se battre sur deux fronts. Les forces du Tsar, quant à elles, sont dépassées. Si la guerre avait été rapide, les forces russes auraient pu écraser les forces ennemies sous leur nombre et sa cavalerie, mais la guerre s'éternise, et la sous-formation, le sous-équipement des armées ainsi que leur dépassement technologique et stratégique handicape sérieusement toute possibilité de progression.

Cependant, la capacité industrielle de la Russie, extrêmement sollicitée ces dernières années, permet de produire de nombreux nouveaux équipements, notamment de l'artillerie, ce qui permet de maintenir un semblant de front cohérent, bien que les tentatives de percées continuent, globalement, d'être des échecs cuisants.

Mais cette focalisation sur la production de guerre a un effet néfaste : le rationnement, et son impact moral important, d'autant plus que le front n'avance pas. L'hiver a par ailleurs été particulièrement rude, ce qui n'aide en rien.

Perspective Nevski, Saint-Pétersbourg / Pétrograd, 1901

À cette époque, et depuis 1713, la capitale de la Russie est Pétrograd (nommée ainsi en 1914, anciennement et actuellement Saint-Pétersbourg). C'est cette région qui nous intéresse pour notre histoire. Depuis la fin du XIXe siècle, la capitale est le lieu de quasiment toutes les grèves, attentats et révoltes que connaît la Russie, étant donné sa population ouvrière très nombreuse en raison de son essor industriel et portuaire, population sensible aux idées socialistes de l'époque. Le pouvoir impérial y est sévèrement critiqué, jusqu'à assassiner l'empereur Alexandre II en 1881. La plupart des révoltes sont réprimées dans le sang, y compris lors du fameux "Dimanche rouge" qui donnera naissance à la révolution de 1905, conduisant une première fois le Tsar à affaiblir son pouvoir en créant la première Douma, sous la pression populaire, le 27 Avril 1906.

Depuis la création de cette assemblée à contrecœur, le Tsar Nicolas II cherchera par tous les moyens à affaiblir la portée, déjà faible, des pouvoirs de cette institution. Concrètement, la Douma n'a qu'un rôle de "petite gêne" dans le pire des cas, car son rôle est essentiellement consultatif et le Tsar peut la dissoudre en cas de défiance trop importante. Mais cette concession est une insulte au pouvoir absolu du Tsar et une remise en cause de sa légitimité et de son autorité.

Naissance d'une révolte

 

C'est dans ce contexte extrêmement tendu que va naître la révolte. L'ultime crispation commence, dans notre calendrier, le 3 Mars 1917, par la grève des ouvriers de la plus grande entreprise de Pétrograd, Poutilov. Deux jours plus tard, le 5 Mars, une rumeur d'un nouveau rationnement de pain, en raison de la mise en place de cartes de rationnement, déclenche une panique que les autorités n'arrivent pas à juguler. Le lendemain, Poutilov ferme, faute d'approvisionnement, mettant au chômage technique, et donc dans la rue, plusieurs milliers d'ouvrières et ouvriers. Nous sommes le 6 Mars.

Du côté du Tsar, on se veut rassurant. Ce n'est qu'une énième grève qui ne durera pas, et qui sera réprimée sévèrement si le besoin s'en faisait sentir. Sur ces conseils, le Tsar quitte Pétrograd à bord du train impérial en direction de Moghilev, 800 kilomètres au Sud, siège de l'état-major des armées.

Le 8 Mars, à l'occasion de la journée internationale des femmes, des cortèges de femmes, ouvrières, étudiantes ou femmes au foyer, manifestent dans les rues de Pétrograd, aux cris de "Du pain, du travail !", rejointes rapidement par les ouvriers en grève de toute la ville. Dans cette même journée, alors que les rangs grossissent grâce à l'arrivée d'autres ouvriers qui se mettent en grève, les premiers slogans politiques se font entendre, encore timidement : on entend les premiers "Vive la République". La foule acclame un régiment de cosaques qui décide de ne pas intervenir, contrairement aux ordres qu'ils ont reçu. La nouvelle de ce mouvement s'étend.

Manifestation, Saint-Pétersbourg / Petrograd, Février 1917 (calendrier julien)

Le lendemain, plus de cent cinquante mille ouvrières et ouvriers grévistes manifestent dans le centre-ville de la capitale, débordant les cosaques qui se retrouvent sans ordres précis. "Mon cerveau se repose ici", écrira le Tsar à la Tsarine Alexandra le même jour.

Le 10 Mars, la grève est générale. Les slogans ont abandonné les demandes économiques au profit de changements politiques : "à bas la guerre", "vive la République", "à bas l'autocratie", etc. De violents affrontements ont lieu, occasionnant des dizaines de morts et blessés des deux côtés. Toujours sans consignes précises, les autorités n'arrivent pas à restaurer l'ordre. Le Tsar est informé de la situation "préoccupante". Et ses ordres tombent.

De la révolte à la révolution

 

"Faites cesser, par la force et avant demain, les désordres à Pétrograd". Tels sont les mots du Tsar qui parviennent aux autorités de Pétrograd. Le 11 Mars, la troupe est mobilisée. Les soldats et la police marchent sur les manifestants et ouvrent le feu, tuant cent cinquante personnes. L'empereur l'a décidé ainsi : il n'y aura pas de négociations.

Mais alors que les manifestants reculent dans les faubourgs de Pétrograd, la police montée est attaquée : la 4e compagnie du régiment Pavlovski lui tire dessus, prenant fait et cause pour la population. Le Tsar ordonne l'état de siège afin de tenter de récupérer le contrôle de la ville.

Mais l'ordre de tirer sur la population pousse 2 régiments d'élite à soutenir les manifestants, traumatisés d'avoir été forcés à tirer sur "leurs frères ouvriers", témoigneront-ils plus tard. La nouvelle se répandant dans les rangs de l'armée comme une traînée de poudre, l'intégralité de la garnison de Pétrograd rejoint la révolte au matin du 12 Mars 1917, ouvrant l'arsenal et distribuant armes et munitions à la population.

Dans l'après-midi, un comité constitué de différents militants révolutionnaires s'organise et appelle la population à élire leurs représentants dans le cadre de la formation du Soviet de Pétrograd. La Douma, quant à elle, nomme un comité provisoire pour le retour à l'ordre. Des négociations entre le Soviet nouvellement élu et le comité provisoire de la Douma se tiennent alors durant plusieurs jours.

Le 14 Mars, inquiet des dépêches de la Tsarine restée à Pétrograd, le Tsar, toujours à Moghilev, monte dans le train impérial pour retourner à la capitale rétablir l'ordre. Un peu avant, les nouvelles de la révolte de Pétrograd pousse la population de Moscou à la grève générale, qui aboutira à la création d'un Comité révolutionnaire provisoire. Depuis Viazma, le Tsar enverra à la Tsarine le télégramme suivant : "Constamment avec toi en pensée. Temps superbe. J'espère que vous vous sentez bien et tranquilles. De nombreuses troupes du front sont envoyées vers vous. Votre tendrement affectueux Nicky". Lorsque l'impératrice Alexandra reçoit ce message, tous les ministres sont en fuite, la ville aux mains des insurgé⋅e⋅s, et les soldats loyaux au Tsar se comptent sur les doigts d'une main.

Nicolas II et ses enfants, devant le train impérial, Printemps 1914

En début de soirée, alors que le convoi impérial rejoint la ligne "Moscou-Pétrograd" à Likhoslavl, au Nord-Ouest de Moscou, un télégramme arrive au Tsar : un comité provisoire de la Douma a été nommé, avec à sa tête Rodzianko fraîchement élu. Le même Rodzianko qui était à la tête de la Douma, que le Tsar surnomme méprisamment "le gros", et qui lui avait envoyé quelques heures plus tôt un télégramme alarmiste que le Tsar avait dédaigneusement ignoré : "La dernière heure est venue. Le sort de la patrie et de la dynastie est en jeu".

La ligne de train est bloquée par les insurgé⋅e⋅s qui tentent d'intercepter le convoi du Tsar. Ce dernier fait machine arrière à Malaïa Vichéra, à une centaine de kilomètres de Pétrograd pour reprendre une petite ligne régionale à l'Ouest, à Dno. C'est ici que l'Empereur apprendra deux mauvaises nouvelles : que le général Ivanov, qu'il avait détourné du front de l'Ouest pour marcher sur Pétrograd, n'est toujours pas arrivé à la capitale, et que la voie conduisant au palais impérial, où attend la Tsarine, est passée sous contrôle des insurgé⋅e⋅s. Le Tsar ne voit plus qu'une seule solution : Pskov, où se trouve le siège de l'état-major du front Nord, sous le contrôle du général Rouzski, loyal envers l'Empereur.

Le général attend le Tsar sur le quai, mais ses objectifs sont différents : il a en tête de faire comprendre à l'Empereur que le monde a radicalement changé, et que pour sauver les Romanov, il va falloir négocier, car l'Empereur a perdu en 48 heures tous les moyens de rétablir l'ordre impérial. L'Empereur doit signer le manifeste que le comité provisoire de la Douma lui a fait parvenir : le Tsar reste l'Empereur de toutes les Russies en titre, mais ne dispose plus d'aucun pouvoir gouvernemental. Les négociations sont âpres et vont durer une bonne partie de la nuit. Finalement, le Tsar accepte les conditions de la Douma, et ordonne dans le même temps au général Ivanov d'arrêter de marcher sur la capitale. Le soulagement de Rouzski ne sera que de courte durée : Rodzianko lui envoie un télégramme sans équivoque : "Je vous informe que vos propositions sont périmées. La foule et la troupe réclament l'abdication."

Fin des Tsars et nouvelle époque

 

La situation en ce 15 Mars est sans issue pour le pouvoir absolu de Nicolas II. Sur les recommandations de ses conseillers, le Tsar décide d'abdiquer une première fois en faveur du Tsarévitch Alexis. Prévenue, la Douma envoie deux émissaires prendre acte de l'abdication. Mais la santé du jeune Alexis, 13 ans, hémophile, inquiète le Tsar : son fils survivra-t-il à la charge de l'Empire, surtout en ces temps troublés ? Lorsque les députés arrivent enfin dans le wagon bleu du train impérial, le Tsar abdique une seconde fois (en théorie illégalement puisqu'il a déjà abdiqué) en faveur de son frère le grand-duc Alexandrovitch. Ce dernier abdique juste après en avoir été informé, mettant fin définitivement au règne des Romanov et au régime tsariste.

Une nouvelle époque s'ouvre, qu'aucun contemporain n'a encore envisagé. C'est bien en Février 1917 (dans le calendrier julien alors en cours en Russie) que la vie des russes est profondément changée. Les Tsars régnaient en maîtres absolus depuis presque quatre siècles. Désormais, inspirés par la Révolution française, c'est la République que demandent et veulent faire vivre beaucoup de russes. C'est en Février que la vie de la population russe change radicalement, libérée du joug absolutiste des empereurs.

Pourtant, la Première Guerre Mondiale continue de faire rage, et le gouvernement provisoire ne semble pas vouloir l'arrêter. Une note secrète parvient aux français et aux anglais, promettant le soutien de la Russie jusqu'à la victoire. Le Kaiser Guillaume II comptait sur la Révolution pour mettre fin à la guerre sur son front Est : il n'en est rien. Les bolcheviks, quasiment les seuls à proposer la paix, sont alors minoritaires dans les élections qui se tiennent partout dans le pays.

Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, est en exil en Suisse, à Zurich, au moment des événements. Il vient de finir son livre "L'impérialisme, stade suprême du capitalisme" où il décrit les mécaniques à l'œuvre menant aux affrontements inévitables des impérialismes, de par la nature même du capitalisme. La Révolution de Février le prend aussi de court. Ainsi écrivait-il en Janvier 1917, à propos de la Révolution russe de 1905 : "nous, les vieux, nous ne verrons peut-être pas les luttes décisives de la révolution imminente".

Lénine, tête de proue du mouvement bolchevik, est le meilleur atout du Kaiser pour arriver à une paix à l'Est, ou du moins un affaiblissement conséquent de l'ennemi. Lénine monte donc dans un train qui fera le voyage, par l'Allemagne, jusqu'à Petrograd d'une seule traite, sans qu'aucun contrôle d'identité ne vienne perturber le voyage. En huit mois, les bolcheviks, minoritaires dans tous les soviets en début d'année, deviendront une force politique et armée renversant tout sur son passage, jusqu'au putsch d'Octobre 1917, l'Octobre Rouge.

Mais cela, c'est une autre histoire...

Sources

  • La Révolution de 1917 (volume 1 : La chute du tsarisme et les origines d'Octobre), Marc Ferro, Aubier
  • Les Romanov 1613-1918, Simon Montefiore, Calmann-Lévy
  • GeoHistoire n°31, Février-Mars 2017
  • La Roue Rouge, Mars 17, Alexandre Soljenitsyne, Fayard
  • Histoire de la révolution russe (Tome 1), Léon Trotsky, Seuil
  • Les révolutions russes, Nicolas Werth, PUF
  • Wikipédia : Révolution de Février, Saint-Pétersbourg, Première Guerre Mondiale

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Barbarie Française

Rédigé par LLM le 14 juillet 2016

Y a des types qui sont fiers d’être français. C’est pas moi, nom de Dieu ! Quand je vois les crimes que nous, le populo de France, nous laissons commettre par la sale bande de capitalistes et de gouvernants qui nous grugent — eh bien, là franchement, ça me coupe tout orgueil !

Au Tonkin par exemple, dans ce bondieu de pays qu’on fume avec les carcasses de nos pauvres troubades, il se passe des atrocités.

Chacun sait que les Français sont allés là-bas pour civiliser les Tonkinois : les pauvres types se seraient bougrement bien passés de notre visite ! En réalité, on y est allé histoire de permettre à quelques gros bandits de la finance de barboter des millions, et à Constans de chiper la ceinture du roi Norodom.

Ah nom de dieu, il est chouette le système qu’emploient les Français pour civiliser des peuples qui ne nous ont jamais cherché des poux dans la tête !

Primo, on pille et chaparde le plus possible ; deuxiémo, on fout le feu un peu partout ; troisiémo, on se paie de force, pas mal de gonzesses tonkinoises — toujours histoire de civiliser ce populo barbare, qui en bien des points pourrait nous en remontrer.

Ca c’était dans les premiers temps, quand on venait d’envahir le pays ; c’est changé maintenant, mille bombes, tout est pacifié et les Français se montrent doux comme des chiens enragés.

Pour preuve, que je vous raconte l’exécution du Doi Van, un chef de pirates, qui avait fait sa soumission à la France, puis avait repris les armes contre sa patrie, à la tête de troupes rebelles.

Pas besoin de vous expliquer ce baragouin, vous avez compris, pas les aminches ? Les pirates, les rebelles, c’est des bons bougres qui ne veulent pas que les Français viennent dans leur pays s’installer comme des crapules ; c’est pas eux qui ont commencé les méchancetés, ils ne font que rendre les coups qu’on leur a foutus.

Donc, Doi Van a été repincé et on a décidé illico de lui couper le cou. Seulement au lieu de faire ça d’un coup, les rosses de chefs ont fait traîner les choses en longueur. Nom de dieu, c’était horrible ! Ils ont joué avec Doi Van comme une chat avec une souris.

Une fois condamné à mort, on lui fout le carcan au cou, puis on l’enferme dans une grande cage en bois, où il ne pouvait se remuer. Sur la cage on colle comme inscription : Vuon-Vang-Yan, traître et parjure. Après quoi, huit soldats prennent la cage et la baladent dans les rues d’Hanoï. A l’endroit le plus en vue on avait construit une plate-forme ; c’est là qu’on a coupé le cou à Doi Van avec un sabre — après avoir fait toutes sortes de simagrées dégoûtantes.

L’aide du bourreau tire Doi Van par les cheveux, le sabre tombe comme un éclair, la tête lui reste entre les mains, il la montre à la foule et la fait rouler par terre. On la ramasse car elle doit être exposée au bout d’un piquet, afin de servir d’exemple aux rebelles.

Ah, nom de dieu, c’est du propre ! Sales républicains de pacotille, infâmes richards, journaleux putassiers, vous tous qui rongez le populo plus que la vermine et l’abrutissez avec vos mensonges, venez donc encore nous débiter vos ritournelles sur votre esprit d’humanité ?

Vous avez organisé bougrement de fêtes pour le centenaire de 89 — la plus chouette, celle qui caractérise le mieux votre crapulerie, c’est l’exécution du Doi Van. C’est pas sur un piquet, au fin fond de l’Asie, dans un village tonkinois, qu’elle aurait dû être plantée, cette tête.

Foutre non ! Mais c’est bien au bout de la tour Eiffel, afin que dominant vos crimes de 300 mètres, elle dise, cette caboche, au monde entier, que sous votre républicanisme, il n’y a que de la barbarie salement badigeonnée.

Qui êtes-vous, d’où venez-vous, sales bonhommes, vous n’êtes pas nés d’hier ? Je vous ai vus, il y a dix-huit ans, votre gueule n’a pas changé : vous êtes restés Versaillais ! La férocité de chats tigres que vous avez foutue à martyriser les Communeux, vous l’employez maintenant à faire des mistoufles aux Tonkinois.

Que venez-vous nous seriner sur les Prussiens, les pendules chapardées, les villages brûlés ? (...) Ils n’ont pas commis, nom de dieu, la centième partie de vos atrocités, Versaillais de malheur !

Ah, vous n’avez pas changé ? Nous non plus : Versaillais vous êtes, Communeux nous restons !

Émile Pouget

Le Père Peinard, n°45, 12 Janvier 1890

Source :

LDH de Toulon : http://ldh-toulon.net/barbarie-francaise-par-Emile.html

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