Le hold-up de Mélenchon sur la gauche

Rédigé par LLM le 10 mai 2017

Aujourd'hui, 10 Mai, est la date d'un phénomène démocratique, ou plutôt anti-démocratique, que beaucoup voyaient venir, mais peut-être pas aussi violemment. Le titre est un peu racoleur, mais pas vraiment éloigné de la réalité.

Hier encore, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, lançait un appel à l'unité. Ce matin, la France Insoumise rompait les négociations de manière unilatérale, et en prétendant faire porter le chapeau aux communistes. Comment prétendre que le PCF ferme la porte alors qu'une déclaration publique quelques heures auparavant annonce le contraire ? C'est absurde.

Pour se dédouaner de toute consigne de vote, Jean-Luc Mélenchon est très fort. Pour le coup, je ne lui reproche pas, j'étais même d'accord avec la démarche au soir du premier tour de la présidentielle. Cependant, je regrette qu'il n'ait pas eu la cohérence de poursuivre son geste jusqu'au bout, et notamment sur la question législative, où aucune question n'a été posée aux "insoumis⋅es". Pour les législatives, ce sont les chefs qui décident, et vous qui suivez ! Sans doute un oubli, puisque beaucoup ne veulent pas croire à un calcul politicien.

Mais nous ne sommes pas là pour jouer les arbitres, car nous n'avons que les déclarations des uns et des autres. Il convient d'analyser ce qu'est, concrètement, en train d'effectuer la "France Insoumise". Penchons nous sur le sujet, c'est très simple.

Tout d'abord, c'est le mépris. Dans un communiqué, Manuel Bompart, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon,  déclare que "La direction du PCF a donc lancé la campagne de tous ses candidats sous le sigle du PCF, membre d’un Front de Gauche pourtant aujourd’hui inexistant". Inexistant, le Front de Gauche ? Selon qui ?

Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon

Il faut remonter juste avant la fondation de la "France Insoumise". Jean-Luc Mélenchon annonce, de manière absolument unilatérale et sans consultation, la fin du Front de Gauche. Ce à quoi le PCF, Ensemble, R&S et tous les autres partis et organisations membres du Front de Gauche répondent que... bah non, en fait. Le Front de Gauche continue de vivre, même si Monsieur Mélenchon ne l'entend pas de cette oreille, lui qui veut sans doute être le seul à avoir un "mouvement unitaire", mais dirigé par lui. Lors de cette dissolution auto-proclamée et concrètement sans objet, Jean-Luc Mélenchon déclarait :

J’en ai assez de devoir rendre des comptes pour des situations qui m’ont été imposées de force et que je désapprouve totalement. Les déclarations unitaires suivies de noirs sectarismes, les « constructions originales » qui sont des feuilles de vignes sur les vieilles pratiques bureaucratiques, rien de tout cela ne correspondait déjà à la période précédente. Dans le contexte, c’est tout simplement le néant groupusculaire assuré.

C'est étrange comme dans un sens on condamne les "noirs sectarismes" pour l'appliquer soi-même derrière aux autres... Sans compter que pour un mouvement qui compte défendre l'autodétermination des peuples à disposer d'eux même, il ne faudrait pas trop jouer à celui qui dit quel mouvement unitaire existe et quel mouvement n'existe pas, notamment lorsqu'on n'en fait plus partie.

Mais le plus intéressant n'est pas là.

Toute personne candidate de la "France Insoumise" doit signer la charte. Cette charte établit que :

Celles et ceux qui accepteront cette investiture s’engagent à : soutenir Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle ; faire campagne sur le même programme national : « L’avenir en commun » ; [...] ; se rattacher à l’association de financement « La France insoumise » lors du dépôt de candidature, ce qui inclut la possibilité d’accords de reversement entre cette association de financement et les candidats ou le groupement politique particulier qu’ils désigneront pour la première comme pour la seconde fraction du financement public, ; [...] ; respecter la discipline de vote du groupe lorsqu’une décision collective a été prise conformément au programme l’Avenir en commun ; [...].

Là, c'est le florilège. "Insoumis, mais pas trop".

Tout d'abord, les personnes élues à la députation s'engagent à voter comme des moutons, quel que soit ce que VOUS vous direz à votre député⋅e dans VOTRE circonscription. Pour la défense du peuple et sa représentation, on a vu mieux, quand même. Il me semblait justement que c'était ce qu'on critiquait, l'impossibilité de faire changer d'avis un⋅e député⋅e parce qu'elle ou il votera comme son groupe lui dit de voter ? C'est, de plus, impossible à accepter pour un parti indépendant, qui de plus n'imposerait pas ce mode de fonctionnement à ses élu⋅e⋅s.

Mais surtout, et c'est là que ça devient inacceptable pour n'importe quel parti qui entend poursuivre son action, le financement ira tout droit dans les poches de la France Insoumise, par "possibilité d'accords de reversement". Ce qui est tout bonnement inacceptable, puisqu'on s'engage sur on ne sait quoi niveau financement, et peut-être même à TOUT reverser à la France Insoumise et pas à son parti qui, pourtant, fera campagne pour l'élection. La question des thunes est vitale pour beaucoup d'organisations, et signer que "peut-être on te donnera tout le pognon, bisous" est juste impensable. S'il avait été décidé au préalable un reversement, pourquoi pas, à la limite. Mais là rien n'interdit à la France Insoumise de dire "hey, tu me donnes tout, parce que tu as signé la charte et c'est comme ça". Impossible.

Mais le plus intéressant n'est toujours pas là.

Marc Dolez, co-fondateur du Parti de Gauche

Comment croyez vous que ça marche, une députation ? Je veux dire, comment vous imaginez votre député⋅e ? Comme une personne qui bosse à fond ses dossiers, passe des heures, des jours, des nuits, à comprendre chaque texte de Loi, décrypter chaque événement, lire chacun de ses mails ou courrier ?

Bien sûr que non. Très concrètement, un⋅e député⋅e a un ensemble de "petites mains" qui, en définitive, font l'immense majorité du boulot. C'est tout à fait normal, le travail d'une députation est pour ainsi dire titanesque. Ces personnes sont financées sur les fonds publics, ce qui est normal, et afin d'être sûrs que le travail est accomplit dans le sens de l'élu⋅e, elles sont issues du parti qui a présenté l'élu⋅e.

Est-ce que ces personnes seront issues de la France Insoumise ?

Il semblerait bien que non, aucun travail n'est réalisé en ce sens, et, à partir des informations dont je dispose, ce ne sera pas le cas pour l'immense majorité des circonscriptions. Mais alors, qui fera le travail ? Quel mouvement fournira cette masse de travail, organisera la bonne marche des députations, coordonnera tout ça ? Pas un mouvement, mais un parti, resté bien muet jusque là, le Parti de Gauche, le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Et c'est bien là, de cette manière, que s'organise le hold-up. En créant une charte inacceptable pour les autres partis, en verrouillant les décisions des député⋅e⋅s élu⋅e⋅s sous le signe de la France Insoumise, en intégrant son propre parti (et non pas mouvement, qu'il veut pourtant "transpartisan") dans la mécanique de travail et de rémunération des élu⋅e⋅s, fort d'une dynamique pourtant co-construite par toutes les organisations de gauche, Jean-Luc Mélenchon et son parti s'assurent le contrôle total de la gauche.

Je n'ai pas d'autre mot, poli, qui me vient à l'esprit autre que "hold-up".

Alors même que la population réclame l'unité, que toutes les organisations de gauche sont prêtes à y travailler, la force qui se veut "principale" ‑ à tort ‑ organise le détournement et l'appropriation de centaines de milliers de voix, alors même que ces mêmes personnes critiquaient la position d'Emmanuel Macron de ne considérer les voix du second tour que comme des voix d'adhésion à son programme.

Seulement, l'unité n'est pas l'uniformité. Le problème, c'est que c'est nous qui allons payer cette manœuvre dégueulasse et cet entêtement politicien et criminel.

Le temps est à celles et ceux qui défendent réellement l'unité, pas l'uniformité.

Non, Monsieur Mélenchon, nous ne sommes pas votre armée personnelle.

Crédits photos

Wikimedia

LP / Olivier Lejeune

Gauche de combat

Classé dans : Militantisme - Mots clés : aucun -

Barbarie Française

Rédigé par LLM le 14 juillet 2016

Y a des types qui sont fiers d’être français. C’est pas moi, nom de Dieu ! Quand je vois les crimes que nous, le populo de France, nous laissons commettre par la sale bande de capitalistes et de gouvernants qui nous grugent — eh bien, là franchement, ça me coupe tout orgueil !

Au Tonkin par exemple, dans ce bondieu de pays qu’on fume avec les carcasses de nos pauvres troubades, il se passe des atrocités.

Chacun sait que les Français sont allés là-bas pour civiliser les Tonkinois : les pauvres types se seraient bougrement bien passés de notre visite ! En réalité, on y est allé histoire de permettre à quelques gros bandits de la finance de barboter des millions, et à Constans de chiper la ceinture du roi Norodom.

Ah nom de dieu, il est chouette le système qu’emploient les Français pour civiliser des peuples qui ne nous ont jamais cherché des poux dans la tête !

Primo, on pille et chaparde le plus possible ; deuxiémo, on fout le feu un peu partout ; troisiémo, on se paie de force, pas mal de gonzesses tonkinoises — toujours histoire de civiliser ce populo barbare, qui en bien des points pourrait nous en remontrer.

Ca c’était dans les premiers temps, quand on venait d’envahir le pays ; c’est changé maintenant, mille bombes, tout est pacifié et les Français se montrent doux comme des chiens enragés.

Pour preuve, que je vous raconte l’exécution du Doi Van, un chef de pirates, qui avait fait sa soumission à la France, puis avait repris les armes contre sa patrie, à la tête de troupes rebelles.

Pas besoin de vous expliquer ce baragouin, vous avez compris, pas les aminches ? Les pirates, les rebelles, c’est des bons bougres qui ne veulent pas que les Français viennent dans leur pays s’installer comme des crapules ; c’est pas eux qui ont commencé les méchancetés, ils ne font que rendre les coups qu’on leur a foutus.

Donc, Doi Van a été repincé et on a décidé illico de lui couper le cou. Seulement au lieu de faire ça d’un coup, les rosses de chefs ont fait traîner les choses en longueur. Nom de dieu, c’était horrible ! Ils ont joué avec Doi Van comme une chat avec une souris.

Une fois condamné à mort, on lui fout le carcan au cou, puis on l’enferme dans une grande cage en bois, où il ne pouvait se remuer. Sur la cage on colle comme inscription : Vuon-Vang-Yan, traître et parjure. Après quoi, huit soldats prennent la cage et la baladent dans les rues d’Hanoï. A l’endroit le plus en vue on avait construit une plate-forme ; c’est là qu’on a coupé le cou à Doi Van avec un sabre — après avoir fait toutes sortes de simagrées dégoûtantes.

L’aide du bourreau tire Doi Van par les cheveux, le sabre tombe comme un éclair, la tête lui reste entre les mains, il la montre à la foule et la fait rouler par terre. On la ramasse car elle doit être exposée au bout d’un piquet, afin de servir d’exemple aux rebelles.

Ah, nom de dieu, c’est du propre ! Sales républicains de pacotille, infâmes richards, journaleux putassiers, vous tous qui rongez le populo plus que la vermine et l’abrutissez avec vos mensonges, venez donc encore nous débiter vos ritournelles sur votre esprit d’humanité ?

Vous avez organisé bougrement de fêtes pour le centenaire de 89 — la plus chouette, celle qui caractérise le mieux votre crapulerie, c’est l’exécution du Doi Van. C’est pas sur un piquet, au fin fond de l’Asie, dans un village tonkinois, qu’elle aurait dû être plantée, cette tête.

Foutre non ! Mais c’est bien au bout de la tour Eiffel, afin que dominant vos crimes de 300 mètres, elle dise, cette caboche, au monde entier, que sous votre républicanisme, il n’y a que de la barbarie salement badigeonnée.

Qui êtes-vous, d’où venez-vous, sales bonhommes, vous n’êtes pas nés d’hier ? Je vous ai vus, il y a dix-huit ans, votre gueule n’a pas changé : vous êtes restés Versaillais ! La férocité de chats tigres que vous avez foutue à martyriser les Communeux, vous l’employez maintenant à faire des mistoufles aux Tonkinois.

Que venez-vous nous seriner sur les Prussiens, les pendules chapardées, les villages brûlés ? (...) Ils n’ont pas commis, nom de dieu, la centième partie de vos atrocités, Versaillais de malheur !

Ah, vous n’avez pas changé ? Nous non plus : Versaillais vous êtes, Communeux nous restons !

Émile Pouget

Le Père Peinard, n°45, 12 Janvier 1890

Source :

LDH de Toulon : http://ldh-toulon.net/barbarie-francaise-par-Emile.html

Classé dans : Divers, Militantisme - Mots clés : aucun -

Que faire de la colère ?

Rédigé par LLM le 10 décembre 2015

La colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance, la souffrance mène au côté obscur de la Force.

La colère est un sentiment qu'on peut légitimement éprouver au soir du 6 Décembre 2015, date à laquelle le FN arrrive en tête dans 6 régions françaises. Pourquoi ? Comment ? Malheureusement, on ne le sait que trop bien.

Déchéance de nationalité, police aux pleins pouvoirs, interdiction des manifestations, surveillance généralisée, assignation à résidence de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un militant, état d'exception voulu permanent, voilà ce qu'est notre quotidien aujourd'hui. Et force est de constater que ça ne dérange pas grand monde. Après tout, ça ne les concerne pas directement, vu qu'on sait très bien vers quelles populations cette politique se tourne.

Or il s'agit là, exactement, de la volonté du FN.

Exacerbée par une crise dont le gouvernement ne veut surtout pas sortir, toute une partie de la population pointe du doigt les personnes qui ne leurs ressemblent pas. "Ensemble, unis, dans nos différences", un principe bien vite oublié lorsqu'on nous vend de la peur à longueur de journée dans tous les médias. Et puis, ces perquisitions, ces violences policières, ces restrictions de libertés, ces expulsions, ça ne nous concerne pas, pas vrai ?

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait personne pour protester.

Puisque cette politique est aujourd'hui acceptable, puisqu'utilisée par des personnes qui se prétendent de gauche, alors il n'y a aucun problème à voter pour ces personnes qui promeuvent cette politique depuis des années. Prétendre qu'une politique est acceptable entre certaines mains mais pas dans d'autres est une fumisterie qui ne marche pas, même lorsque ça fait plus de 30 ans qu'on prend les électeurs pour des gamins.

Pour autant, le votant FN est-il un con ?

Si ça détend de le dire, rien n'est plus faux. Bien sûr, on pourrait le dire de la "base dure" qui a toujours voté FN et qui a tendance à lever le bras droit lorsque quelqu'un se cogne dans un coin de porte. Mais ces individus ne constituent plus aujourd'hui la majorité de l'électorat FN. Le vote FN est un vote à la con, certes, mais essentiellement un vote de protestation en l'absence de culture politique et/ou d'éducation populaire. L'adulte éduqué, avec une conscience historique et politique, connaît tout le danger et la voie sans issue que représente l'extrême-droite. Or ces consciences sont certainement les plus mal partagées, en raison tout particulièrement d'une politique d'éducation populaire totalement absente depuis plus de 30 ans.

À cette absence d'éducation populaire s'ajoute la fumisterie du système électoral. En effet, face à une élection, nous n'avons que 3 cas de figure pour un électeur donné :

  1. Il a donné sa voix au gagnant : il doit donc se taire car c'est ce pour quoi il a voté, quand bien même l'élu ne respecte pas son programme, l'électeur aurait dû le savoir et c'est donc de sa faute.
  2. Il a donné sa voix à un perdant : il doit donc se taire car c'est la "démocratie", la minorité se tait devant la majorité.
  3. Il n'a pas voté : il doit donc se taire car il n'avait qu'à voter.

 

Cette fumisterie qu'est la démocratie représentative est aujourd'hui obsolète, d'autant plus à l'heure où les communications facilitent les initiatives citoyennes de masse et que les outils de partage et collaboratifs sont devenus habituels et relativement maîtrisés par la population. C'est un des impacts directs de la révolution politique aujourd'hui à l'œuvre, et qu'il serait dommage de gâcher en se laissant aller à la facilité de l'extrême-droite, qui a, certes, une avance considérable dans le domaine de la maîtrise des outils numériques.

Il reste cependant beaucoup d'espoir. Commençons par constater que le FN n'est pas présent où la gauche applique un programme de gauche. Là où la justice sociale fonctionne à peu près, le FN n'arrive pas à prendre pied. L'extrême-droite s'étend avec la misère sociale et politique. Elle recule avec la justice sociale, elle disparaît avec une vie politique saine.

Alors que faire ?

Que faire face à la peste brune ?

La colère de doit pas nous mener à haïr l'Autre, mais à nous demander ce que nous pouvons changer, améliorer, autour de nous et dans la société.

Comme face à toute maladie (la montée de l'extrême-droite étant une maladie démocratique), il y a 2 moyens complémentaires et à mener de front : le traitement et la prévention.

Le traitement, c'est de mettre en place, enfin, une vraie politique de gauche, pour commencer. Soutenir les salariés, aider les personnes en difficulté, sanctuariser les services publics, développer la solidarité par des investissements publics, protéger les libertés fondamentales, etc. bref, tout ce qu'on est en droit d'attendre de la gauche. C'est de proposer un projet de société aux antipodes de la haine et des réductions des libertés.

La prévention, le vaccin, c'est d'éduquer les adultes et jeunes adultes pour qu'ils soient réellement des citoyens à part entière, avec une conscience historique, politique et scientifique. Arrêter de les prendre pour des enfants tout au long de leur vie, avec comme seul espoir d'éveil qu'ils rencontrent, à un moment donné, par hasard, une initiative d'éducation populaire.

Ça sera déjà le premier pas dans la bonne direction.

Enfin.

---

Crédit photo : anakinworld.com

N.B. : Cet article a été écrit au soir du 6 Décembre et a été très peu retouché depuis. Il constitue un axe de réflexion "sur le coup" mais en aucun cas une solution complète clé en main : tout reste à faire, mais on connaît déjà les premières briques et la direction à prendre.

Classé dans : Militantisme - Mots clés : aucun -

Je ne suis pas né anarchiste

Rédigé par LLM le 30 septembre 2015

On me reproche régulièrement de ne pas bouger de ma position, de voir le monde "tout noir ou tout blanc", d'être têtu et, au final, de rester bien campé sur mes positions avec la ferme intention de ne pas vouloir en bouger, par entêtement, par aveuglement, par dogme, ou par tout autre procédé plus ou moins fantasques.

J'ai une confession à vous faire.

Je ne suis pas né anarchiste. Je ne suis pas né communiste. Je ne suis pas né féministe. Je ne suis pas né antifasciste. Je ne suis pas né tel que je suis aujourd'hui. Je n'ai pas chanté l'Internationale avant de pousser mon premier cri. Surprise !

Il y a tout de même une constante : je n'ai jamais supporté l'injustice. Mais l'injustice est une notion mouvante, qu'on perçoit différemment selon le regard qu'on a sur la société.

J'ai été misogyne. En mode parfois bien énervé.

Puis j'ai été "égalitariste", parce qu'après tout, oui, bon, tu as raison copain, c'est vrai qu'il y a une domination, niveau salaire et tout, mais les femmes et les hommes sont quand même différents hein.

Aujourd'hui je suis féministe, merci copines, copains, camarades, et le retour en arrière n'est pas possible.

J'ai été homophobe. Oh, pas trop. Mais tout de même, ils peuvent se galocher autre part que dans la rue. Même si, secrètement, les hommes m'attirent. C'est dégueulasse.

Et puis cette gay pride là, ça rime à quoi, franchement ?

Puis j'ai été pour les droits des LGB. Parce que, les trans, c'est quand même particulier, non ?

Je suis aujourd'hui pour l'égalité de droits sans condition ni discrimination, merci copains, copines, camarades. Y compris pour la GPA légalement encadrée et contrôlée.

J'ai été patriote. Pas très longtemps. Ah, la France, ça c'est un beau pays, qui mérite qu'on le défende, qu'on fasse des sacrifices, avec une tradition à conserver !

Je suis aujourd'hui pour l'abolition des frontières et la libre circulation des personnes, merci camarades, copines, copains.

J'ai été raciste. Trop longtemps. Après tout, les étrangers, pourquoi ne restent-ils pas chez eux ?

Après, moi, de toute façon, je ne vois pas la couleur de peau.

Aujourd'hui, je suis antiraciste en comprenant très bien les mécaniques d'oppression liées, merci copines, camarades, copains.

Et j'ai encore du chemin à faire avant de ne plus être complice, involontaire mais conscient, de ces oppressions dans mes actions et mes propos. Beaucoup de chemin. Il est même probable que je ne vivrai pas assez vieux. Mais à mesure qu'on s'ouvre et comprend le monde, on constate les injustices multiples dont on est complice. C'est dur, très dur, de se dire qu'on s'est trompé, de l'accepter, de le dire, et de changer de position.

Mais c'est vital.

Je suis né oppresseur, raciste, homophobe, sexiste, misogyne, validiste, transphobe, et tant d'autres choses. Je ne veux plus l'être, et j'espère ne plus l'être un jour.

Je suis peut-être un bouffon, un imposteur, un moralisateur, un mauvais professeur, à côté de la plaque ou tout ce que vous voulez. Mais je ne suis pas resté campé sur mes positions.

Mes positions d'aujourd'hui ne sont pas définitives. Mais il faut des arguments recevables. Ça demande un peu de travail, mais d'autres personnes y sont arrivées.

Et vous, vous êtes né quoi ? Vous êtes quoi aujourd'hui ?

Classé dans : Militantisme - Mots clés : aucun -

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